La musique pour contrôler les masses

« Tu veux contrôler un peuple, commence par contrôler sa musique »
Platon, La République

Nous avons, grâce a la partie précédente, démontré que la musique a un grand effet sur les émotions et sur la perception des choses.

Cet impact est connu, même sans preuve scientifique, depuis l’antiquité et de nombreuses personnes ont utilisé le pouvoir de la musique afin de faire adhérer les populations à des idées, parfois pour contrôler ou manipuler les esprits.

La religion en est un bon exemple. D’ailleurs, la musique en est un élément important : de nombreuses pièces ont étés écrites pour des cérémonies religieuses, la « Messe en Si mineur » de Jean-Sébastien Bach, le « Requiem » de Wolfgang Amadeus Mozart, etc. La religion catholique par exemple, utilise abondamment la musique : la plupart des cérémonies religieuses sont musicales. On peut par exemple nommer les chants grégoriens, chants sacrés officiels de l’Église catholique. Ceux-ci, chantés a capella, servent à accompagner les textes sacrés.  Une autre preuve de l’importance de la musique dans la religion est la présence d’un orgue que l’on peut trouver dans chaque église. En effet, à l’image de l’ambiance musicale (que nous développerons postérieurement), la musique de l’orgue permet de donner les mêmes émotions à chacun lors des cérémonies.

Un chant grégorien

Les régimes totalitaires ont utilisé la musique en abondance pour promouvoir leur idéologie : Staline, par exemple, exigeait une certaine forme de musique pour le peuple, nommé le réalisme socialiste. Il s’agissait de chants populaires avec des paroles de propagandes qui puisse toucher l’ensemble du peuple. L’idéologie de la pièce devait être en accord avec et mettre en avant le communisme. Les compositeurs qui écrivaient des pièces qui n’étaient pas en phase avec le réalisme risquaient la déportation au Goulag : certains comme Dmitri Chostakovitch, compositeur phare de l’URSS sous Staline, étaient sûrs qu’ils allaient être déportés d’un moment à l’autre et dormaient tout habillés.

Un spectacle choral sur la scène du théâtre Bolchoï, organisé à l'occasion du 70ème anniversaire de Staline
Un spectacle choral sur la scène du théâtre Bolchoï, organisé à l’occasion du 70ème anniversaire de Staline

Les nazis utilisaient aussi la musique pour mettre en transe le public des oratoires d’Hitler. Ils employaient la musique de compositeurs tels que Wagner qui contenaient les valeurs de l’idéologie nazie : le patriotisme, la suprématie, et la mise en valeur de la race aryenne, race « supérieure » pour les nazis. Certaines musiques de compositeurs tels que Gustav Malher étaient d’ailleurs interdites et dites « dégénérées » car elles ne correspondaient pas à l’idéal nazi ou étaient écrites par des compositeurs considérés comme des ennemis du reich : juifs, russes, etc. La musique à donc une vocation politique.

Bien évidemment, le pouvoir de la musique ne se limite pas à la censure ou au contrôle des esprits. La musique est universelle et certaines pièces sont des hymnes contre la discrimination. « We Shall Overcome » a par exemple été utilisé comme une chanson contre le racisme lors de la Marche pour les Droits Civiques à Washington D.C. le 29 août 1963. Interprété par la chanteuse Joan Baez, cette pièce a uni plus de 200 000 personnes, pour lutter ensemble contre le racisme qui était très important à l’époque.

American folk singer and musician Joan Baez performs onstage for the crowd gathered on the Mall during the Civil Rights March on Washington, D.C., August 29, 1963. (Photo by Express Newspapers/Getty Images)
La chanteuse américaine de folk Joan Baez interprétant la chanson « We Shall Overcome » lors de la Marche pour les Droits Civiques Civil à Washington, D.C., le 29 août, 1963. (Photo par Express Newspapers/Getty Images)