POUR CONCLURE…

La musique est composée d’ondes sonores. Pour pouvoir être perçue par l’individu, elle est convertie en message nerveux grâce à l’oreille, et plus précisément grâce à l’organe de Corti. Le message nerveux arrive jusqu’au cortex auditif par l’intermédiaire de plusieurs nerfs et centres nerveux qui vont l’analyser sous différents angles. Les informations musicales arrivées jusqu’au dernier centre d’analyse sont traitées une nouvelle fois à partir de connaissances acquises par le cerveau.

Le traitement des données nerveuses est assuré par des influx nerveux libérant des neurotransmetteurs qui provoquent des modifications de l’organisme : l’accélération du rythme cardiaque, l’intensification de l’activité de certaines partie du corps, etc.
La musique est donc un moyen de provoquer des réactions cérébrales entraînant des changements biologiques : les émotions.

Pour que les émotions procurées par la musique soient différentes, celle-ci n’est pas toujours composée de la même façon, ainsi les différents compositeurs se sont amusés à manipuler le langage musical pour nous faire ressentir les émotions qu’ils voulaient transmettre.

Cette manipulation passe notament par l’utilisation de variables rythmiques (tempo, débit), et harmonique (tonalité, jeu avec l’harmonie) afin de transmettre, par des codes implicites aquis par chaque individu appartenenant à une même société (codes qui fondent une culture commune à la société). Mais ces codes ne sont pas le seul facteur dans la perception d’émotion et de sentiments lors de l’écoute d’une musique; en effet, chaque personne possède un lien particulier avec la musique, dépendant de son histoire, ses souvenirs, de sa culture. Ainsi chaque individu perçoit différemment la musique, sur des bases qui sont communes à tous et qui sont exploitées dans les buts les plus divers.

L’impact de la musique sur les émotions à toujours été connu, et les sociétés ont de nombreuses fois utilisé la musique afin de manipuler les esprits, faire adhérer à des idées, amplifier les ventes, assurer la sécurité dans les lieux publics, etc. Les deux derniers usages sont ceux qui sont le plus utilisés dans notre société. En effet, les avancées technologiques telles que le développement des haut-parleurs, des disques, ont permit la diffusion en masse de musique dans les lieux publics et autres centres commerciaux. On voit donc que la musique à une réelle influence sur la biologie, le ressenti et le comportement de l’individu.

Bien qu’en règle générale les individus aient les mêmes émotions associées à une pièce musicale, certaines personnes ressentent une émotion totalement différente de la moyenne. En effet, la musique ne se limite pas à quelque chose de mathématique : faire de la musique, écouter de la musique provoque des réactions qui sont propres à chaque individu. Chacun ressentira pour la même pièce une émotion semblable, mais avec une intensité différente : celle que le compositeur ressentait et voulait faire ressentir à l’auditeur dans sa pièce. Mais celle-ci peut facilement être écrasée par les souvenirs rattachés à la pièce (situation de l’écoute, appropriation des paroles, identification à la pièce) l’émotion principale ressortant de l’œuvre peut donc être totalement différente de celle que le compositeur voulait transmettre au départ. Voilà pourquoi des formules comme celle de Jacob Jolij ne sont pas à 100% fonctionnelles. Mais est-ce réellement la vocation d’un art comme la musique d’être analysé tel une science ?

Conclusion sur la musique des émotions

Nous avons vus que l’interprétation de la musique par l’auditeur pouvait répondre à certaines caractéristiques de celle ci: le rythme (tempo et débit), l’harmonie (tonalité et degré de « rareté ») mais également de la formation instrumentale. Nous avons également observé qu’en fonction des habitus, des goûts musicaux, du passé de chaque auditeur varie les sentiments dont il est la proie. Cependant, on a pu établir, grâce à l’enquête, que certaines émotions majoritaires chez les individus sont visibles statistiquement et prévisible selon les critères de « classification » de la musique les plus important et immédiatement visibles (les sus-cités rythmes et harmonie).

Nous avos également observé que certaines musiques sont créées dans le but de faire parvenir à leur auditeur telle ou telle émotion; c’est le cas des musiques dites « populaires » (ici « Rock ‘n Roll », « Dancefloor », « Disco »)  qui veulent transmettre de la joie ou de la tristesse, selon la volonté du compositeur. La musique peut donc servir à transmettre des messages émotionnels à l’auditeur. Mais peut elle lui transmettre des ordres, des idées?

E-Mail à Jacob Jolij

Dear Dr. Jolij,
We are a group of three french high school students in “première scientifique”. We are working on an in-depth study about the influence of music on the human body and the mindset of the listener. During our research, we found your theory and your formula on the “feel-good songs”. Thanks to the description on your website, we understood a great part of it. However, the (1/3+ɛ, 1/3, 1/3-ɛ) remains difficult for us to understand, despite the help of a few math teachers. We would appreciate if you could please explain it to us. Which value is associated to ɛ? In addition to this, the numerator being zero for a piece of music without lyrics, can it be used in another way? Finally, how could we interpret the result? Which unit to use? Is the result part of an order of magnitude?
We are eagerly waiting for your kind response and thank you very much in advance for your assistance.
Sincerely,
Dimitri Weissenberg
Matei Abily
Zoé Pillard
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Cher Dr. Jolij,
Nous sommes trois jeunes élèves français de première scientifique, qui dans le cadre d’un sujet d’étude approfondi avons choisi de nous intéresser à l’influence de la musique sur le corps humain et sur l’état d’esprit des auditeurs. Nous avons découvert votre théorie et votre formule sur les musiques qui rendent heureux. Grâce à la description de la formule sur votre site, nous l’avons en partie comprise. Cependant, le (1/3+ɛ, 1/3, 1/3-ɛ) reste incompréhensible malgré l’aide de plusieurs professeurs de mathématique. Pourriez-vous nous l’expliquer plus en détail? Quelle valeur est associée à ɛ? De plus, le numérateur étant nul pour une musique sans paroles, est-elle applicable d’une autre manière? Enfin, comment interpréter le résultat? Quelle unité? Fait-il partie d’une échelle de grandeur?
Nous attendons avec impatience vos précieux conseils.
Cordialement,
Dimitri Weissenberg
Matei Abily
Zoé Pillard
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Réponse de J.Jolij :

Hi Dimitri,

Sorry for not replying earlier. The formula is not a perfect one – actually, I think you’d find only to be of moderate predictive value. It’s tailored to a very specific population (ie middle-aged britons), and basically more an illustration of the important factors in feel-good music than an actual objective formula. Now, I actually do have such a formula, but it’s rather more boring-looking because it’s a regression model, which models the probability for an individual as a function of lyrics, tempo, and key, which looks like this:

P_feelgood = Intercept + b1*Lyrics + b2*Tempo * b3*Key + Error
in this formula, b1, b2, and b3 are weights that tell you the relative importance of these factors, ‘Intercept’ is the a-priori chance that any given song is a ‘feel good song’ (so basically, the proportion of all songs that are labelled ‘feel good songs’) and ‘Error’ is random variable. b1, b2, and b3 depend on the actual population you measure; to extrapolate this for the population of interest, you would need to run a questionnaire yourself.
My client at the time did not find this formula ‘scientific’ enough, so I came up with the alternative you’ve seen in the media.  The [1/3-e, e, 1/3+e] part is taken from the notation of a major chord. The term gives 1 for minor key, and 0 for a major key. The full formula takes the number of positive lyrics as a baseline, and divides that by how much the song deviates from the ideal tempo of 150 bpm (measured in a British population), plus an additional penalty for being in the ‘wrong’ key.
The penalty for being in a minor key is too low in this formula, and as you noted the formula does not work for instrumentals. The regression one does, though.
Hope this helps,
Jacob
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Bonjour Dimitri,
Désolé de ne pas avoir répondu plus tôt. La formule n’est pas parfaite – en réalité, tu verra qu’elle est assez approximative. Elle est applicable à une population très spécifique (les britanniques d’âge moyen) et est plutôt une illustration des facteurs musicaux importants permettant de rendre heureux  qu’une vrai formule objective. En réalité, j’ai une formule objective, mais elle à l’air plus ennuyeuse car il s’agit d’un modèle régressif, qui modélise la probabilité qu’une musique rende heureux en fonction des paroles, du tempo, et de la tonalité, qui ressemble à ceci :
 P_feelgood = Intercept + b1*Lyrics + b2*Tempo * b3*Key + Error

 

Dans cette formule, b1, b2 et b3 sont des poids qui montrent l’importance relative de ces facteurs. ‘Intercept’ est la chance que la chanson rende heureux (c’est à dire la proportion de chanson qualifiées de rendant heureux) et ‘Error’ est une variable aléatoire. b1, b2 et b3 dépendent de la population mesurée ; pour extrapoler la formule, il faudrait faire un sondage soi-même.

Mon client à l’époque ne trouvait pas cette formule assez « scientifique », donc je lui proposai l’alternative que tu as vu sur internet. La partie [1/3-e, e, 1/3+e] vient de la notation d’un accord majeur, et donne 1 pour un accord mineur et 0 pour un accord majeur. La formule entière a comme numérateur la somme des paroles positives, divisées par la différence entre 150  (le tempo idéal pour une population de Grande Bretagne) et le tempo de la chanson, en plus d’une pénalité lorsque la chanson est dans la « mauvaise » tonalité.

La pénalité lorsque la chanson est mineur est trop faible dans cette formule, et comme tu l’as remarqué elle ne fonctionne pas avec les musiques instrumentales.

En espérant que cela t’aide,

Jacob

La musique adoucit les mœurs

La musique peut aussi être utilisée comme un outil de prévention des crimes. Dans certaines prisons comme celle du camp de Guantánamo, une base militaire américaine sur l’île de Cuba où sont emprisonnés des détenus en rapport avec le terrorisme, de la musique est diffusée en continu pour diminuer l’envie des prisonniers à tenter de s’échapper ou de devenir haineux. De la musique enfantine telle que « I Love You » de la série « Barney The Purple Dinosaur » est passée en continu. D’autres pièces musicales joyeuses ayant des paroles positives telles que « Staying Alive » des Bee Gees sont également passés en continu.1

 I love you – Barney

Certaines musiques sont aussi utilisées pour prévenir les actions répréhensibles dans les lieux publics. C’est d’ailleurs ce que fait le métro londonien depuis 2003 : de la musique classique est diffusée dans une des stations de métro les moins bien fréquentées. Et ça fonctionne! En 18 mois, les vols ont diminués de 33%, les violences faites aux employés de 25% et le vandalisme de 37%. On appelle cette technique la « Manilow Method ». Originaire de Sydney où les musiques de l’auteur-compositeur-interprète Barry Manilow étaient diffusées en boucle, cette technique consiste à diffuser des pièces de musique considérées par les semeurs de troubles comme « ringardes » et peu viriles, pour qu’ils s’éloignent. 2.

La musique peut aussi être utilisée à des fins thérapeutiques : c’est ce que l’on appelle la musicothérapie. Elle peut en effet traiter plusieurs maladies liées au cerveau telles qu’Alzheimer ou Parkinson.

Il y a peu de recherches faites sur le lien entre la musique et la maladie d’Alzheimer, mais quelques expériences intrigantes ont étés faites à ce sujet. En effet, on a remarqué que certaines personnes atteintes de cette maladie pouvaient reconnaître des fausses notes dans des chansons familières. D’autres étaient capables de chanter des chansons entières, avec les paroles exactes, ce qui est étonnant puisqu’elles étaient incapables d’exprimer quoi que ce soit par le langage.

Un des symptômes de la maladie de Parkinson est de rendre les patients figés ; ils ont du mal à marcher et en particulier à faire les premiers pas. Pourtant, une étude3 montre que la musique permet de les faire marcher de façon plus naturelle et plus rapide. La méthode est très simple : on fait marcher une personne atteinte de cette maladie au rythme d’une pièce musicale rythmée dont le tempo est plus grand que la vitesse maximale de marche de cette personne. Là, surprise! On voit que la personne marche naturellement au rythme de la musique. La musique peut donc être considérée comme un instrument thérapeutique.

 

La musique, outil commercial

Dès l’apparition de la télévision et donc la capacité à accompagner les images de son, la musique est utilisée dans la publicité et est de plus en plus employée. À la télévision comme sur internet, mais aussi dans les lieux publics comme les magasins où elle est diffusée en continu, la musique est dans la société d’aujourd’hui largement utilisée pour faire faire du profit au différentes entreprises. Mais comment la musique peut-elle devenir un outil commercial?

Nous pouvons distinguer quatre types d’utilisation de la musique pour le commerce : le jingle, la musique de fond, la chanson commerciale et l’ambiance musicale.

Le jingle est un logo musical court ; sa durée maximale est de 10 secondes. Il s’agit de la signature musicale de la marque et est répété en même temps que le logo. Le but du jingle est de faire mémoriser la marque à toute personne l’entendant. Afin d’être efficace, il devra être facilement mémorisable donc simple et répété le plus possible. Il devra aussi avoir la même ambiance que les spots publicitaires. Le jingle de l’entreprise de restauration rapide Mc Donald’s en est un exemple notable car il possède un des jingles les plus efficaces1 : l’adhésion au jingle est de 5,5/10 tandis que la moyenne d’adhésion aux différents jingles est de 5/10. Ce jingle est aussi cohérent avec la marque (6,7/10), la moyenne de la cohérence sonore étant de 5,9/10.

Efficacité du jingle de Mac Donald's
Efficacité du jingle de Mac Donald’s (D’après e-marketing)

Le jingle de Mac Donald’s

Il existe deux types de musique de fond. Le premier sert à accompagner un message, vocal ou non. Il s’agit des musiques diffusées lors des attentes téléphoniques, des messages promotionnels, qui ont une durée variant de 30 secondes à deux minutes. L’ouïe est le seul sens exploité pour ce type de musique.

Le deuxième type de musique de fond accompagne cette fois obligatoirement quelque chose de visuel, d’olfactif, etc. et dure entre 10 et 120 secondes. La musique qui accompagne les publicités à la télévision fait partie de cette catégorie.

Cela permet d’accentuer les émotions ressortant des publicités et de donner une impression positive de la marque. Les destinataires seront donc inconsciemment attirés par cette marque si la musique leur plaît et/ou donne une bonne image de la marque. Voilà pourquoi une assurance utilisera une musique calme et douce qui donnera confiance au client potentiel. Si la musique est en plus de la musique classique, c’est encore mieux : cela donne une image sérieuse de l’entreprise. Voici en exemple une publicité de la compagnie d’assurance CNP utilisant la valse n°2 de Chostakovitch en musique de fond.

Publicité CNP

La chanson commerciale, quant à elle, accompagne un visuel et sert à identifier un produit facilement. La musique a presque un rôle plus important que l’image car c’est elle qui mentionne le nom du produit et ses spécificités. Pour être efficace, elle doit être facilement reconnaissable et mémorisable, et tout comme le jingle, en accord avec l’image que veut donner l’agence dans la publicité. Nous pouvons par exemple citer la publicité de la SNCF nommée « La Carte Kiwi ». Arrivée sur les écrans en 1987, cette publicité de 30 secondes montre les spécificités d’une carte de réduction nommée « La Carte Kiwi ». Les paroles de la chanson montrent les caractéristiques de cette carte : « […] avec la carte kiwi, l’enfant de moins de 16 ans, et ceux qui l’accompagnent jusqu’à quatre personnes payent tous moitié prix! »

La Carte Kiwi

L’ambiance musicale n’est pas utilisée dans la publicité mais dans les magasins et autres lieux de divertissement (Bowling, Spas, Fêtes foraines, etc.). Il s’agit de la diffusion de différentes pièces musicales afin de véhiculer une ambiance ou des émotions. Celle-ci joue énormément sur l’inconscient des individus. En effet, d’après une étude de deux psychologues sociaux2, diffuser de la musique classique dans une boutique de vins multiplie les recettes par 2,5 ; la musique classique étant un symbole de raffinement et de prestige, les clients achetaient des vins plus prestigieux que sans ce fond musical. Et dans les supermarchés, passer de la musique française près du rayon des vins fait vendre des vins français tandis que de la musique allemande, des vins allemands. Une autre étude montre qu’une musique à 70 battements par minute (qui correspond au battement de cœur) diffusée dans des restaurants met le consommateur dans un état de détente, ce qui lui donne envie de rester plus longtemps donc de consommer plus. D’autres études montrent que de diffuser dans les magasins une musique qui plaît aux clients les incitent à y revenir. Dans les grands magasins, la musique donne l’impression que le temps passé en caisse et dans le magasin est moins longue : une bonne raison pour que les clients reviennent.

La musique pour contrôler les masses

« Tu veux contrôler un peuple, commence par contrôler sa musique »
Platon, La République

Nous avons, grâce a la partie précédente, démontré que la musique a un grand effet sur les émotions et sur la perception des choses.

Cet impact est connu, même sans preuve scientifique, depuis l’antiquité et de nombreuses personnes ont utilisé le pouvoir de la musique afin de faire adhérer les populations à des idées, parfois pour contrôler ou manipuler les esprits.

La religion en est un bon exemple. D’ailleurs, la musique en est un élément important : de nombreuses pièces ont étés écrites pour des cérémonies religieuses, la « Messe en Si mineur » de Jean-Sébastien Bach, le « Requiem » de Wolfgang Amadeus Mozart, etc. La religion catholique par exemple, utilise abondamment la musique : la plupart des cérémonies religieuses sont musicales. On peut par exemple nommer les chants grégoriens, chants sacrés officiels de l’Église catholique. Ceux-ci, chantés a capella, servent à accompagner les textes sacrés.  Une autre preuve de l’importance de la musique dans la religion est la présence d’un orgue que l’on peut trouver dans chaque église. En effet, à l’image de l’ambiance musicale (que nous développerons postérieurement), la musique de l’orgue permet de donner les mêmes émotions à chacun lors des cérémonies.

Un chant grégorien

Les régimes totalitaires ont utilisé la musique en abondance pour promouvoir leur idéologie : Staline, par exemple, exigeait une certaine forme de musique pour le peuple, nommé le réalisme socialiste. Il s’agissait de chants populaires avec des paroles de propagandes qui puisse toucher l’ensemble du peuple. L’idéologie de la pièce devait être en accord avec et mettre en avant le communisme. Les compositeurs qui écrivaient des pièces qui n’étaient pas en phase avec le réalisme risquaient la déportation au Goulag : certains comme Dmitri Chostakovitch, compositeur phare de l’URSS sous Staline, étaient sûrs qu’ils allaient être déportés d’un moment à l’autre et dormaient tout habillés.

Un spectacle choral sur la scène du théâtre Bolchoï, organisé à l'occasion du 70ème anniversaire de Staline
Un spectacle choral sur la scène du théâtre Bolchoï, organisé à l’occasion du 70ème anniversaire de Staline

Les nazis utilisaient aussi la musique pour mettre en transe le public des oratoires d’Hitler. Ils employaient la musique de compositeurs tels que Wagner qui contenaient les valeurs de l’idéologie nazie : le patriotisme, la suprématie, et la mise en valeur de la race aryenne, race « supérieure » pour les nazis. Certaines musiques de compositeurs tels que Gustav Malher étaient d’ailleurs interdites et dites « dégénérées » car elles ne correspondaient pas à l’idéal nazi ou étaient écrites par des compositeurs considérés comme des ennemis du reich : juifs, russes, etc. La musique à donc une vocation politique.

Bien évidemment, le pouvoir de la musique ne se limite pas à la censure ou au contrôle des esprits. La musique est universelle et certaines pièces sont des hymnes contre la discrimination. « We Shall Overcome » a par exemple été utilisé comme une chanson contre le racisme lors de la Marche pour les Droits Civiques à Washington D.C. le 29 août 1963. Interprété par la chanteuse Joan Baez, cette pièce a uni plus de 200 000 personnes, pour lutter ensemble contre le racisme qui était très important à l’époque.

American folk singer and musician Joan Baez performs onstage for the crowd gathered on the Mall during the Civil Rights March on Washington, D.C., August 29, 1963. (Photo by Express Newspapers/Getty Images)
La chanteuse américaine de folk Joan Baez interprétant la chanson « We Shall Overcome » lors de la Marche pour les Droits Civiques Civil à Washington, D.C., le 29 août, 1963. (Photo par Express Newspapers/Getty Images)

Enquête : résultats et analyse

 

Comme expliqué précédemment, et au vu des différentes caractéristiques mises en avant par MM. Guyard et Jolij pour expliquer le fait que la musique procure des émotions très diversifiées (allant de la joie et l’envie de danser à la tristesse en passant par le mal-être), nous avons décidé d’effectuer un sondage sur une population de jeunes (de 9 à 17 ans) consistant à leur faire écouter sept extraits de pièces (entre 30 secondes et 1 minute) basées sur une même grille harmonique de blues et à les interroger sur leur ressentis, leurs émotions, leur état d’esprit lors de l’écoute de la musique. Le choix d’une population de jeunes s’est établie assez naturellement grâce à un facteur d’expérience : en effet, plus les personnes sondées sont jeunes, moins leurs réponses sont conformes à des habitudes, des « normes » vis à vis de certaines musiques et donc permet une plus grande neutralité du sondage, et donc, en théorie, une neutralité permettant de parler de l’individu en général (avec cependant une grande marge d’erreur car ce sondage n’est ni international, ni effectué sur un effectif de 1000 personnes ou plus).

Notre sondage s’est effectué de novembre à décembre 2016, sur un public de lycéens du lycée Jacques Cartier et d’écoliers d’une école primaire de Nantes, en Loire Atlantique. Les résultats du sondage confirment en grande partie les supputations que nous avions faites dans l’article Les Morceaux choisis : caractéristiques principales:

Les résultats de l’enquête concernant le premier extrait sont édifiants; en effet, à une grande majorité, les sondés répondent qu’ils se sentent plus énergiques à l’écoute de cette musique. Ces résultats confirment notre hypothèse pour ce morceau de Rock ‘n Roll:

Dia1L1

Les résultats complets sont dans Résultats

Concernant la deuxième pièce, nous avions supposés que l’auditeur se sentira triste ou mélancolique

Dia2L2

On observe toutefois un bilan plus mitigé avec, en plus de la tristesse, mélancolie, de la déception (10%) ainsi qu’une forte représentation de la population qui ne ressent rien ou un malaise durant l’écoute. Ceci peut venir du contraste entre la lenteur du morceau et sa tonalité majeure.

Le troisième extrait, Dancefloor Blues, remet en cause notre analyse; en effet, ce morceau à une portée majoritairement énergique sur les sondés, alors que nous nous attendions à une majorité de mal-être.

Dia3L3

Ces résultats nous permettent d’affirmer que cette musique remplit sont objectif de faire danser ou être plus énergique, par son rythme rapide notamment.

Concernant le quatrième extrait, nous avions supposés que le sondé se livrerait à des émotions de l’ordre de la tristesse et de l’incompréhesion:

Dia4L7

Les résultats présents en plus grande quantité sont l’absence d’émotions ainsi que de la joie. Ce dernier sentiment peut paraître étonnant au vue de notre supposition mais peut facilement s’expliquer par le rythme du morceau rapide.

Le cinquième extrait pouvait, selon nous, donner à l’auditeur un sentiment de joie, d’énergie, ou de colère:

Dia5L5

C’est en effet le cas avec une surreprésentation du sentiment d’énergie et de joie.

Dans la pièce de M.Ravel, le sentiments que nous supposions était un malaise.

Dia6L6

Cependant on observe qu’en plus du malaise on peut observer de la mélancolie, de la tristesse qui viennent sans doute de la déstructure harmonique de l’oeuvre.

Concernant le dernier extrait, nous prévoyions de la joie (tonalité, rythme…)

Dia7L7

Nous observons dans les résultats une dominante joyeuse et énergique, dominante qui confirme notre hypothèse.

 

Ces résultats nous montrent que l’on peut, en fonction du rythme, de la tonalité, du tempo et de la formation instrumentale, « prédire » le sentiment auquel sera confronté un auditeur de cette pièce. Toutefois, il existe de grandes marges d’erreur car, par exemple, à partir de chiffres, on ne peut restituer une ambiance, ambiance qui compte pour beaucoup dans l’interprétation émotionnelle et sentimentale d’un morceau, qui fait qu’une musique triste peut rendre joyeux, heureux. De plus, il y a de grandes diversités d’opinions d’un individu à un autre et d’un peuple, d’une culture à une autre. Ces résultats sont donc satisfaisants pour essayer de tendre vers une neutralité statistique propice à toute généralisation.

Les morceaux choisis : caractéristiques principales

Les morceaux dont sont tirés les extraits utilisés dans notre questionnaire (et audibles ici) ont une caractéristique commune: ils sont tous fondés sur une même grille: la grille de blues. Avant d’exposer les caractéristiques musicales propres à chaque morceau, nous allons de prime abord comprendre en quoi consiste une grille de blues.

La grille de blues est un enchaînement harmonique d’accords* de 3, 4, 5 sons ou plus structuré généralement en 12 mesures de 4 temps chacun. Sur la grille ci-dessus, les accords sont représentés par leur place dans la gamme utilisée, c’est à dire par leur degrés dans celle ci ; ainsi, en Sol# Majeur (G# en écriture anglo-saxonne), on a le premier degré (I) qui correspond à G#, l’accord le plus souvent joué sera G#7 (Sol # majeur septième correspond aux notes Sol#, Si#, Ré#, Fa#. On notera une altération de la sensible au profit de la couleur harmonique), le second accord (IV) qui correspond à C#7 (C#, E#, G#, B avec, encore un fois la septième de l’accord altérée au profit de la sonorité de l’accord.) et le dernier accord (V) sera souvent joué, toujours avec une septième mineure (dite, en jazz b7 ou 7)mais sans altérer de note (l’accord de cinquième degré d’une gamme majeure étant toujours de forme V7): D#, Fx (x correspond à une altération de double dièse), A#, C#. Les morceaux que nous avons choisis sont tous basés, dans une tonalité différentes pour certains, sur cette grille harmonique du blues.

Le premier morceau que nous avons décidés de diffusés aux sondés participant à notre enquête est un morceau interprété par Jerry Lee Lewis, chanteur de Rock ‘n Roll américain des années 1950 en 1957 et composé par Claude Demetrius. Ce morceau est caractéristiques du Rock ‘n Roll américain des années 1950 dont les interprètes de renommée sont Elvis Presley, Johnny Cash ou encore Jerry Lee Lewis. Cette pièce: Mean woman blues (dans la version que nous avons choisie) offre différentes caractéristiques: un tempo de 180 BPM, une formation de piano, guitare électrifiée, basse électrique et voix, une tonalité majeure. On ne prendra pas en compte les paroles des chansons car ce sont des extraits qui sont diffusés et que toutes ne sont pas vocales. Cette musique possédant un tempo rapide, une tonalité majeure et une formation sobre et puissante, on peut supposer qu’elle aura pour conséquence chez l’auditeur une augmentation de son énergie.

La seconde pièce que nous avons choisis de diffuser est interprétée par Muddy Waters et s’appelle Feel Like Going Home, ou Mississippi Delta Blues. Elle fut enregistrée en avril 1948 sur son vinyle « (I Feel Like) Going Home » / « I Can’t Be Satisfied » . Ce morceau est joué à un tempo de 75 BPM, donc assez lent. L’organisation instrumentale est un binôme de guitares (une acoustique et une électrifiée) qui supporte la voix de Muddy Waters. Le morceau est en tonalité majeure. Cette pièce appartient au courant musical du Delta Blues, courant du début du XXème siècle qui privilégiait la guitare, l’harmonica et le chant et se basait en écrasante majorité sur une grise de blues. Au vu de ses caractéristiques, on peut supposer que cette musique produira chez les sondés un sentiment de tristesse, ou de mélancolie mitigé par la tonalité majeure.

La troisième pièce dont nous avons extrait un passage pour le sondage date de 2013 et s’intitule Dancefloor Blues. Il à été écrit par le groupe Sirensceol et appartient au mouvement électro-dancefloor. Ce courant musical, comme son nom l’indique est une musique électronique faite dans le but de faire danser ses auditeurs. Ce morceau possède un tempo d’environ 90 BPM, une rythmique fortement présente et une instrumentation électronique (synthétiseurs ou ordinateurs). Ce morceau est en tonalité mineure (fa mineur); on peut donc supposer que le sondé, à l’écoute de ce morceau se sentira dans un état de tristesse plus ou moins mélangé avec une incompréhension d’une formation instrumentale méconnaissable.

Le quatrième extrait provient de l’album Africa/Brass de John Coltrane, enregistré et mis à la vente en 1961 et plus précisément du morceau Blues Minor. Ce morceau à la particularité d’être un blues en mode mineur. La formation instrumentale de ce morceau est un quartet de jazz (piano, batterie, contrebasse et saxophone) et le tempo est de 210 BPM. Dans l’extrait de cette pièce, John Coltrane est en solo et, dans un flot notes, introduit des harmonies nouvelles. La perception que peut avoir l’auditeur de cet extrait peut devenir confuse. On peut cependant supposer qu’une majorité des sondés sentirons l’influence mineure du morceau et seront proies à des émotions allant dans la continuité de la tonalité: tristesse, mélancolie…

L’extrait suivant date de Janvier 2015 et vient de l’Ontario, porté par le groupe Albatross et s’intitule House of Fire. Ce morceau est en tonalité majeure et possède un tempo de 200 BPM. La formation instrumentale est classique du Rock: deux guitares dont une seulement rythmique, une basse électrique et une batterie sur lesquels vient se superposer la voix du chanteur. Le ressenti de l’auditeur, du sondé face à ce morceau est probablement une énergie, forte joie ou colère accentuée par la saturation dont font l’objet les guitares.

Le sixième extrait provient du deuxième mouvement la sonate pour violon et piano de Maurice Ravel créée en 1927, Blues. Cet extrait est modéré (100 BPM) et de structure instrumentale « classique »; violon et piano. Cette pièce est majeure et l’instrumentation est nouvelle pour l’époque (structure harmonique et rythmiques complexes). Le sentiment qui peut germer chez l’auditeur est une sorte de malaise dû à la complexité de l’écriture, additionnée à la vitesse entre-deux de l’oeuvre et des nombreuses dissonances entre la mélodie du piano et celle du violon.

Le dernier extrait date de 1977, s’intitule Disco Blues et est interprété par le groupe The Ritchie Family. C’est un morceau de tonalité majeure et de tempo rapide (140 BPM). La formation instrumentale est : basse, clavier, saxophone, batterie ; ensemble typique de la musique populaire des années 1970 ou 1980. L’objectif de cette musique est de faire danser, de procurer de la bonne humeur; ce que -à notre supposition- ressentira l’auditeur.